Snana sous la lune sanguine

Snana sous la lune sanguine

18 mai 2012

Bergère

200467213-001-ethiopia-the-simien-mountains-national-gettyimagesDepuis que je suis enfant, je me sens à part. Différente. Incomprise souvent.

A l'école, je ne comprenais pas les consignes, je faisais les choses différemment. Je me sentais stupide, les dessins de mes camarades se ressemblaient tous, mais pas le mien puisque j'avais fait autre chose de la consigne de base.

Je vivais dans mon monde, m'inventais des codes secrets pour transcrire tous les mots que j'entendais. J'avais même fabriqué une écriture basée sur les voyelles, que je traçais de mon doigt sur ma cuisse en écoutant les adultes parler.

Je faisais des blagues que personne ne comprenait. Des jeux de mots évolués que les gens ne percevaient pas. Ils me regardaient alors, interloqués, comme une bête étrange qui disait des choses absurdes.

Ca n'aidait pas pour se faire des amis. J'ai attendu 18 ans avant de commencer à m'adapter aux autres, et à être enfin un peu comprise.

Pendant mes cours de solfège mon professeur passait son temps à hurler "Mais diiiiiis le !!!" parce que lorsqu'il faisait des dictées de notes, je persistais à ne pas vouloir lui dire quelles notes j'avais entendues. Je trouvais que c'était trop évident, qu'il devait y avoir un piège.

Quand on m'a fait passer un test de QI, au milieu des tonnes de questions et d'exercices, la psy m'a notamment demandé comment on fabriquait le verre. J'ai été déboussolée par la réponse qui a fait pop-up dans mon esprit. Du sable ? Non ça ne pouvait pas être ça. Du sable, qui se transforme en une matière transparente ? Noooon ! Alors je me suis tue, j'ai dit que je ne savais pas. La psy m'a relancée en me disant de lui dire à quoi j'avais pensé. Je me suis excusée de ma réponse idiote et ai fini par la lui dire en rougissant de honte.

Je suis sortie de la avec un nombre. 149.

Un nombre qui ne voulait rien dire et tout, à la fois. Ma mère m'a dit "Et bien tu vois que tu n'as pas à te sentir dévalorisée !!!". Je ne comprenais pas. Et puis petit à petit, j'ai confusément compris que ce chiffre était gros, et que cela signifiait que j'avais du potentiel. Que je pouvais tout faire.

Ce qui n'a pas été d'une grande aide lorsque je n'ai pas réussi à mener à bien les projets que j'entamais.
Dès lors que la motivation me quittait, j'abandonnais tout en friche. Et ce chiffre me hantait. Je gâchais mon potentiel, j'étais vraiment nulle, et stupide de gâcher cet or que j'avais dans les mains !

J'apprenais des langues, des concepts, me passionnais pour plein de choses, la philosophie politique, la mythologie, l'Inde, et pouf, d'un coup je laissais tomber.

J'ai fait cela pendant des années et durant tout ce temps, mon rêve était de devenir bergère. Me lever le matin, m'occuper de mes animaux, les emmener brouter, m'asseoir sur une pierre, appuyée sur un bâton, sans penser à rien. Et le soir venu, rentrer mes bêtes, et dormir.



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07 mai 2012

Respecter son corps

130014463Voilà une question qui me taraude depuis des années. Qu'est ce que "respecter son corps" ? Je veux dire concrètement, que faire, comment l'envisager ? Faut il le voir comme une entité distincte de soi, le regarder, le considérer, comme un ami ? Faut il lui parler, le consoler lorsqu'il est blessé ? Comment l'écouter sinon ?

Jusqu'ici je n'ai pas trouvé de formule magique qui me convienne. Je me laisse déborder, envahir par mes émotions, mes sentiments, et je ne pense pas vraiment à lui. Par contre, je lui fais confiance, je suis sûre qu'il gère, bon gré mal gré, il encaisse. Mais je ne l'écoute pas toujours. Parfois je lui impose la patience alors qu'il m'envoie des messages urgents. Souvent je le nourris alors qu'il me crie qu'il en a déjà eu trop. Si je devais le considérer comme un ami, un vrai avec un prénom et tout, j'aurais honte de le traiter de la sorte. Alors pourquoi ?

Et comment faits vous, vous ?

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01 mai 2012

Indignez vous!

Je sais pas vous, mais moi ça me donne la chair de poule tout partout.

 

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28 avril 2012

La Langue des Signes

sourd

Yves Delaporte a écrit : "être sourd, c'est percevoir le monde par les yeux, intégrer les informations reçues dans son cerveau qui les diffuse dans tout le corps puis les restitue avec les mains sous forme de signes. [...] Etre entendant, c'est percevoir le monde par les oreilles, intégrer les informations reçues dans le cerveau qui les restitue par la bouche sous forme de mots".

J'ai été un peu agacée récemment, par une personne de ma connaissance qui s'est permis de faire des commentaires désagréables à propos de mon apprentissage de la LSF, et des personnes sourdes. Commentaires que je retranscrirai pas ici, par respect pour ces personnes et cette langue que j'aime déjà tant. Toujours est il que cela m'a permis de me rendre compte que, comme toujours, la bêtise naît de l'ignorance.

Alors comme nombre d'entre vous m'ont fait part de leur intérêt concernant ce que je pouvais raconter sur la LSF, je vais m'y coller!

Quand j'étais enfant, je rêvais d'apprendre la LSF, ça me fascinait. L'idée de pouvoir parler de loin, dans un langage secret, et surtout ne pas faire comme tout le monde, me mettait en ébullition. Je l'appelais le "langage des sourds muets" à l'époque, et lorsque j'entendais une élocution caractéristique d'un sourd parlant, je parlais de "sourd rééduqué". J'ai appris au cours de mes lectures ces dernières années que ces termes étaient non seulement faux, mais bêtes. Les sourds qui parlent ne sont pas "rééeduqués", mais entraînés au prix d'efforts surhumains, à produire des sons avec leur bouche, alors qu'il ne les ont jamais entendus. Pour nous qui entendons c'est fastoche, dès tout petit on apprend passivement, en écoutant. Et quand on est prêts, on répète timidement. On rate, on nous corrige, on réessaie, c'est facile. Imaginez ces enfants, obligés de travailler dans le brouillard, sans savoir ce qu'on attend vraiment d'eux. Parfois ils le souhaitent, parfois les parents le veulent afin de les intégrer dans une sorte de "normalité ambiante".

Quant au "langage des sourds muets", c'est une appelation affreuse et très péjorative. J'ai appris de nombreuses langues, de l'anglais au japonais, de l'allemand à mes notions de tibétain. Ca va peut être vous étonner, mais la langue des signes est une langue, une vraie langue, belle, organisée, logique, poétique, sensuelle et élégante. La LSF n'est pas un ramassis de gesticulations désordonnées, mais une langue magnifique, qui peut tout dire, qui sollicite tout le corps, et que nous devrions apprendre à l'école! Parce que des personnes sourdes, il y en a partout, elles vivent avec nous, elles SONT nous! Je préfèrerais que ma fille apprenne une langue qui lui permette de mobiliser son esprit, son corps et surtout lui permette de discuter avec un voisin sourd, plutôt que d'apprendre l'anglais.

Cette année j'ai réalisé un rêve d'enfance, commencer à apprendre cette langue. Et j'ai à peine effleuré le sujet que j'ai déjà dépassé ce que j'en espérais. Le soir, en rentrant du cours dans la voiture, je passe mon temps à parler, reprenant à peine mon souffle, pour expliquer à l'Homme à quel point tel signe est beau, telle tournure est logique et fluide, à quel point mes mains malhabiles n'auraient jamais su trouver seules le chemin de tel ou tel signe, qui devient si évident une fois que mon prof le fait.

Il faut dire que j'ai un prof magnifique. En deux gestes il devient Pierrot, s'asseoit au bord de la lune et regarde d'en haut, trainant sa mélancolie. Et quelques mouvements il devient le cow boy qui chevauche le taureau dans un rodéo endiablé. Des mains de mon prof jaillissent des blagues de blondes, des poésies, de l'autorité, du rire...

Ca va vous sembler étrange, mais la LSF me rend meilleure, me permet de communiquer avec qui je veux, me fait vibrer, m'aide à me dépasser aussi. Je sens que mon corps s'anime, s'assouplit, et que je suis plus à l'aise même si je suis encore empotée.

Nombre d'entre vous m'ont déjà au moins une fois confié qu'ils adoreraient apprendre la LSF, je n'ai qu'une réponse : foncez !

 

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Posté par Snana à 22:12 - LSF - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 avril 2012

Le concours

La fille à côté de moi recopiait sa carte d'identité avec application. Elle était née en 93. Je l'ai trouvée grande pour un bébé. Moi qui suis née un an avant 1980. J'observais toutes ces jeunes filles, aux chignons approximatifs mais magnifiques, que moi à 30 ans si j'en fais un comme ça, j'aurais l'air débraillée. Je me demandais si j'étais la plus vieille dans ce hangar transformé en salle d'examen. A me tortiller sur ma chaise en fer à cause de ma sciatique, je me sentais vieillarde. A la pause de midi, des pimbêches m'ont vu me promener avec Byrone. Dès qu'elles ont aperçu que j'avais en main les mêmes papiers d'examen qu'elles, elles ont commencé à faire des réflexions sur les candidates "plus âgées" qu'elles avaient remarquées dans la salle.

Dans ma tête j'ai 19 ans.

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Posté par Snana à 16:03 - La vie - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]