Snana sous la lune sanguine

Snana sous la lune sanguine

02 juillet 2009

Barbe Bleue (Sois bénie Clarissa)

J'ai été une femme battue.
Jusqu'en 2005.
J'ai mis longtemps à m'en rendre compte.
Cela peut sembler étrange, mais j'ai tourné timidement autour du pot, sans vouloir l'apercevoir.
Il faut dire que je ne me sentais absolument pas de point commun avec ces femmes que je voyais à la télé.
Celles qui avaient des mâchoires cassées.

Moi je n'avais pas la mâchoire cassée, ni le pied, ni le bras.
Ca me suffisait pour me dire que non, ce n'était pas ça.
Que non, nous on a une relation passionnée.
Et puis j'ai mauvais caractère, c'est normal que ça se passe pas toujours bien.
Et puis ne dit on pas que les disputes dans le couple sont essentielles ?

Le premier coup, c'est moi qui l'ai donné.
Un soir de 1999, je l'ai giflé.
Une bonne âme sur Internet lui avait dit que je passais tout mon temps libre à "sucer des noirs".
Cet abruti l'a crue et a usé de toutes ses connaissances informatiques pour cracker ma boîte e-mail.
Alors je l'ai giflé.
Je passais chaque minute de mon temps avec lui, comment aurait il été possible que j'aie le temps de le tromper ?

Et là, j'ai fait l'erreur.
Je suis restée. J'ai essayé de comprendre. J'ai cru. J'ai pardonné. J'ai cherché le coupable.

S'en sont suivies 6 années de manipulation perverse. D'humiliations. D'insultes. De coups de sa part.
Mais comme je me défendais, je n'avais toujours pas l'impression d'être une femme battue.
A regarder la situation d'ici, je me rends compte que tout cela aurait pu tellement mal finir...

Un après midi, il était fou de rage pour la vaisselle pas faite. Il est sorti un instant de l'appartement.
Dès qu'il a eu franchi la porte, j'ai fermé le verrou, et je me suis enfermée dedans, pensant qu'il allait pouvoir se calmer dehors avant de revenir.

J'avais peur. J'avais raison.

Quand il s'est rendu compte que la porte était verrouillée, il s'est mis à hurler et à taper dans la porte avec ses pieds, ses poings. J'étais terrifiée au point d'attraper un couteau pour me défendre si il parvenait à casser la porte.
J'avais honte aussi que les voisins puissent l'entendre beugler, alors j'ai essayé de le calmer à travers la porte. Il a prétendu être calmé, et j'ai ouvert pour que ce scandale s'arrête.
Évidemment il n'était pas calmé du tout et j'ai reçu une gifle incroyable, qui m'a rendue sourde d'une oreille pendant 48 heures.

J'ai eu également affaire à la police. Un soir de dispute, alors que j'avais été frappée, et que je pleurais sur le canapé, totalement désemparée, il a appelé la police en leur disant que je menaçais sa sécurité, et qu'il voulait que je parte.

La police est venue et m'a demandé de partir. "Monsieur est chez lui. Monsieur ne vous veut pas chez lui. Alors partez".
Je n'étais pas sur le bail, il en avait donc tout à fait le droit.
J'avais tellement peur de la police, j'étais désignée comme la violente. Alors je n'ai rien dit. Et je suis partie en pleine nuit. Avec mes sacs.
Je me souviens de cette nuit, douce. Je pleurais dans la rue, toute seule.
Un couple de cinquantenaire qui revenait du théâtre s'est arrêté pour me demander si ça allait, et me conseiller d'arrêter de pleurer, que cela pouvait être dangereux.

Et malgré ça. Malgré des dizaines de ça. Je suis revenue.

A suivre...

Posté par Snana à 22:09 - La vie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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