03 juillet 2009
Barbe Bleue II
Et malgré ça. Malgré des dizaines de ça. Je suis revenue.
Je suis revenue, et restée.
Il ne faut pas croire, la vie commune ne se résumait pas uniquement aux coups.
Je me souviens de fous rires formidables, de complicités, de journées à la plage.
Mais tout était balayé par la violence.
Quand je dis que j'étais une "femme battue", c'est que par ce mot, j'entends "femme violentée", dans tous les sens du mot.
Violentée par les mots, par les sentiments autant que par le corps.
En 2003, à bout de forces, presque vidée de ma moelle, comme une louve sans petit, je me suis trainée hors de la zone de danger.
Je viens à peine de m'en rendre compte, mais mon inconscient a travaillé sans que je m'en rende compte.
Il m'a mise à l'abri, en rusant, en préservant les apparences, en masquant les vraies intentions.
Quand je suis partie à Paris, pour moi c'était vraiment pour finir des études.
Je ne fuyais personne, ni rien.
Je ne me rendais pas compte qu'en coulisses, malgré moi, un plan de sauvetage était en branle.
Cela peut paraître étrange, ou stupide, ou faux. Mais tout est vrai.
Une fois seule dans cette petite chambre à Paris, je me sentais si bien. Seule.
Je savourais des petits plaisirs, interdits auparavant.
Je
dormais quand je voulais, je laissais la lumière allumée, je mangeais
ce que je voulais, je m'achetais le thé qui me plaisait, j'étais sur
Internet toute la nuit, j'écoutais la musique que je voulais.
Une vie déstructurée, qui me remplissait de bonheurs tout simples.
C'est au cours d'une nuit que j'ai croisé l'Homme sur le net. Un homme doux, gentil, sensible, et un peu mon jumeau cosmique.
Le destin m'envoyait de quoi finaliser le plan de mon sauvetage.
Non qu'il ait été une bouée, mais il a été là au bon moment.
Et notamment, le jour où mon ex a pris l'avion comme un cinglé,
histoire de venir me demander des explications sur ce qu'une bonne âme
(encore) avait cru bon de lui confier.
La bonne âme lui avait raconté que je le trompais.
(C'était
vrai, j'étais déjà amoureuse de l' Homme, et il venait parfois chez moi
à Paris. Je n'en avais parlé à personne, et surtout pas à l'ex, qui
était à la toute fin de sa thèse. J'attendais la fin de sa soutenance
pour le quitter.)
Et ce soir là, l'Homme, il était là.
C'était un
soir d'hiver, l'ex avait prévenu mes parents (mais pas moi) qu'il
prenait l'avion. Ils avaient pris peur devant sa furieuse
précipitation. Et ce soir là j'ai reçu 45 appels en absence d'eux.
Morts d'inquiétude, ils voulaient me prévenir qu'il arrivait.
Je ne voulais pas le voir, mais je me sentais coupable qu'il ait fait tout ce chemin pour moi.
Alors je lui ai accordé un verre dans un endroit public.
L'Homme m'attendait en secret, chez moi, bien au chaud.
Une fois le verre bu, l'ex pensait que j'allais le recevoir chez moi.
Ce à quoi j'ai répondu qu'il n'en était pas question. J'avais l'air déterminé.
J'étais
mortifiée de le laisser dehors, mais je ne pouvais pas faire autrement,
l'Homme était là et n'avait rien fait pour que je le jette de chez moi.
Il m'a regardée en claquant des dents, et en gémissant "et où est ce que je vais dormir moi ?"
Je suis allée à une distributeur, j'ai vidé mon compte en banque.
Je lui ai tendu les billets, lui ai montré le kebab, et l'Ibis les plus proches, en lui souhaitant une bonne nuit.
Voyant que je ne cèderais pas, les billets se sont retrouvés jetés par terre, accompagnés d'une belle insulte.
J'ai ramassé mon argent, et mon honneur, pour la dernière fois.
Il est parti dans la nuit. Il m'a appelée toute la nuit en claquant des dents pour que je culpabilise...
Et moi j'ai pleuré toute la nuit d'avoir fait ça.
Je me sentais tellement minable d'avoir refusé l'abri, à un homme avec lequel j'avais passé 6 années de ma vie....
Finalement, je doute qu'il ait dormi dehors, en tous cas il a survécu.
A Suivre...
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