03 juillet 2009
Barbe Bleue III
Suite et fin...
S'en sont suivis des mois de harcèlement, d'appels, d'e-mails de visites surprises (en avion) chez moi à Paris, d'heures passées le doigt sur la sonnette de ma porte. Et moi je n'osais plus sortir de chez moi quand je savais qu'il était dans les parages. Je regardais dans chaque recoin de l'escalier quand je rentrais chez moi.
Puis un jour je me suis décidée à aller récupérer mes affaires.
Sauf qu'il voulait choisir ce qu'il voulait bien me rendre. Et comment. Et quand. Et par qui.
Finalement, j'ai pu arracher un jour et une heure. Et ma mère et moi y sommes allées ensemble.
Evidemment,
il voulait nous montrer qu'il était le maître de la situation, il est
donc arrivé 1 heure après, en nous expliquant qu'il prenait un pot.
Une fois dans l'appartement, il a essayé de m'embrasser et de m'entraîner sur le lit.
J'ai poussé ce jour là le plus phénoménal des hurlements "LACHE MOI !". Je n'ai même pas reconnu ma voix.
A partir de là, j'ai ramassé mes affaires sous les coups de pied, et les insultes.
A
moment donné, j'ai voulu faire un dernier câlin à mon chat, je m'étais
résignée à contre coeur, au fait de devoir le laisser là. Le règlement
de ma chambre à Paris m'interdisait tout animal.
J'ai donc pris mon chat dans mes bras. Je lui faisais des bisous pendant que l'ex me frappait.
Et
puis, le chat dans les bras, j'ai tenté d'ouvrir la fenêtre qui donnait
sur la rue, pour prévenir ma mère que cela se passait mal, et d'appeler
la police.
L'ex a cru que je voulais passer le chat à ma mère par la fenêtre. Il s'est baissé et m'a mordue au sang. Devant ma mère.
Horrifiée, elle s'est mise à hurler qu'il avait intérêt à lui ouvrir la porte, qu'elle arrivait et qu'il valait mieux lui obéir. Un peu sonné d'avoir été vu, il lui a ouvert.
Elle m'a dit "prends le chat on s'en va!"
Elle a examiné ma blessure, et lui a dit à quel point elle était déçue de son comportement.
Que ça n'allait pas se passer comme ça.
J'ai pris le chat, on est parties.
Chez le médecin. Puis au commissariat.
J'ai porté plainte. L'officier de police judiciaire m'a dit qu'il allait "lui faire passer l'envie".
Et depuis je n'ai plus été ennuyée. Et j'ai pu continuer ma vie.
Voilà, en condensé, en résumé, 6 années de ma vie et leur dénouement.
Finalement, je suis très fière de moi même.
Même si tout ne s'est pas passé comme je l'aurais souhaité au départ, je me rends compte que je suis partie quand il fallait, comme il fallait.
J'ai refusé de me marier, de faire un enfant avec lui. Avec le recul, cela aurait été catastrophique!
J'ai sauvé ma peau quand il le fallait, juste à temps.
Je n'ai laissé personne m'influencer, ni en bien ni en mal. Et pourtant j'avais des tas de copains qui me disaient ce que je devais faire, à leur sens.
Ils ne savaient rien des coups, de la violence, et il m'abreuvaient de "mais tu sais il t'aiiiime tellement !!", "vous êtes le couple parfait"...
Ma mère me rabrouait quand je ne voulais pas rentrer de Paris pour les vacances. En me disant que "quand même, quand on est en couple, on doit avoir envie de se voir !!", "vraiment je ne te comprends pas".
Et malgré ça, je n'ai pas lâché, j'ai tenu bon. J'ai réussi à me sortir de cette inextricable situation.
J'ai réussi à refaire un foyer, plus doux, plus paisible, plus beau.
J'ai sauvé ma vie.
Et je suis très fière de moi.
Tout me paraît une mécanique subtile, un doux engrenage bien huilé, qui s'est mis en marche malgré ma conscience, et qui m'a doucement éloigné du danger.
Et à ceux qui m'ont crucifiée par un "mais pourquoi tu es restée tout ce temps ?" quand je leur racontais ce que j'avais enduré, à ceux là je leur dis "ne jugez pas une personne qui souffre sous le joug d'un autre. Vous ne savez rien des raisons qui font qu'on reste. On n'est pas maso, on ne l'a pas "bien cherché", on reste parce qu'on pense qu'on doit, qu'il faut, qu'on ne peut pas faire autrement, parce qu'on a peur, parce qu'on se sent redevable, parce qu'on croit qu'on ne saura pas faire, parce qu'on pense qu'on ne trouvera pas mieux ailleurs, ou toute autre raison.
Moi je croyais vraiment que je ne trouverais pas mieux que lui. Qu'il n'était pas parfait du tout, mais qu'au moins je le connaissais. Je me raccrochais fermement au dicton "on sait ce qu'on perd, pas ce qu'on gagne".
Alors ne jugez pas. N'ordonnez pas. Soutenez. Dans ce que vous direz, donnez la mesure que la gravité des actes vous inspire. Et puis ouvrez votre porte, vos oreilles..."
Evidemment, ceci n'est que mon avis, et parcellaire de surcroit.
Commentaires
pffft, quelle histoire, quel parcours, quel chemin depuis... toute cette souffrance a participé à faire de toi celle que tu es aujourd'hui... mais quel lourd tribut ! Emouvante Snana !
Oui, c'est lourd (et je n'ai pas tout raconté). Mais j'en ai gardé des leçons indélébiles. Et surtout ce que j'aime le plus c'est que je suis capable de sentir le bonheur quand il est là, plus que quiconque. :)
Je reviens sur ton blog après plusieurs mois et suis bouleversée de lire ton histoire. Tu as raison de la raconter même si j'imagine à quel point cela peut être dur, mais ce courage permettra surement à des femmes qui liront ton récit de sortir de leur silence...
Tu peux être fiére de toi, personne ne pouvait décider pour toi, aucun conseil, ne remplace ce moment, ce déclic où tu sais que tu supporteras plus rien de plus
très émouvant... je trouve ça très bien
pfffff ; tristesse ; tu es une fille courageuse. c'est peu. quelques mots. c'est énorme.
Charlotte : C'est en grande partie pour cela que je l'ai écrite. Je connais des bloggeuses qui vivent des choses approchantes, et j'espère qu'elles y trouveront du courage.
Marie : Je crois en effet, que personne ne peut donner de conseil. Ni être agacé qu'on ne les suive pas. Comme je le vois trop souvent.
Quand tu parles de déclic, ça me fait sourire, je me souviens que parfois, je me disais que je pouvais supporter des choses très graves, mais que je pourrais partir pour une broutille, une fourchette mal mise à table... :)
lili : merci.
aaz : Je ne me trouve pas courageuse :) Mais j'admets que je suis coriace !
Ben tu vois, moi, je lui ai laissé me faire un môme (enfin, je lui ai plutôt imposé de garder celui qu'on a fait par inadvertance), et c'est ça qui m'a sauvé...
cette toute petite chose fragile m'a fait prendre conscience de la gravité de ce que je vivais. Jamais, JAMAIS, je n'aurais ouvert les yeux sans elle, jamais je n'aurais eu la force de partir pour ma seule sécurité...
Je t'admire, d'avoir réussi à trouver la force de te protéger, et de ne pas avoir eu besoin d'une tierce personne pour ça.
Tierce personne qui vivrait maintenant sans connaître son père, ou pire, en étant malmenée par lui.
Ton courage est remarquable!
Tu as mille fois raison d'être fière!
Moi je pense qu'avoir un enfant avec lui m'aurait à tout jamais empêchée de tourner la page.
Il n'était pas français, et il était du genre gros connard buté. Donc je n'ose pas imaginer les merdes qu'il m'aurait infligées juste pour me pourrir la vie.
Je sais qu'il aurait été capable de m'enlever mon enfant et de l'emmener très loin pour que je ne le revoie jamais (avec le soutien de toute sa famille).
Et c'est pour ça en grande partie, que j'ai refusé tout engagement avec lui.
Et que ce soit clair, moi c'est toi que je trouve remarquable! ;)
j'ai lu ton histoire, la gorge serrée. je n'ai pas de mots.
je vous trouve admirable, vous, toutes les personnes qui arrivent à se sortir de ces relations destructrices. et ce quelle que soit la manière dont vous y arrivez.
bisous.
J'ai vécu l'accompagnement d'une amie, qui à quelques choses près à vécu la même histoire ! Quelle douloureuse expérience de la vie.
J'ai souffert de cette situation même si je ne la vivait pas, je savais presque tout !
Je n'ai pas toujours compris ses réactions, même presque jamais, mais j'étais là, elle le savait !
C'était vraiment dur, et ça reste bien gravé en moi...
J'espère que tu vas mieux
Je pense que quelqu'un à présent a besoin de ton soutien... Bien sûr, vous n'êtes pas les seules, et il y a tellement qui ont besoin...
Je te laisse son adresse de blog, si tu veux y jeter un oeil, et lui dire quelques mots...
http://mavieenenfer.unblog.fr/
Bravo pour tout ce que tu as accompli.
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