Snana sous la lune sanguine

Snana sous la lune sanguine

17 novembre 2009

Ma mère en vrac

Je crois que ma mère a de gros problèmes.

Le lendemain de l'échographie je lui envoie par mail le cliché où l'on voit le mieux Byron.
Je mets dans le sujet du mail "A voir avec Papa!".
Envoi à midi.
A 20h30, sans nouvelle de sa part, je me décide à appeler.
Mon père me dit "ah non ta mère n'a pas eu ton mail".
Ma mère me dit "oui oui je l'ai eu".

Elle ne lui a pas montré. Elle a gardé tout ça pour elle.

Ce week end on va les voir.
Je déroule mon chapelet de clichés et m'avance vers mon père pour lui montrer.
Ma mère, sèchement : "ha d'accord, c'est d'abord ton père!"

Je fais mine de prendre ça à la rigolade, l'un ou l'autre en premier peu importe.
Et je lève les yeux vers ma mère.
Et là je vois qu'elle a les larmes aux yeux avec ce regard qui dit "j'espère que tu vois bien que tu me rends malheureuse".

J'ai continué à disserter avec mon père du petit pied, du cordon, du cerveau et de la vessie de Byron, sans accorder plus d'importance à ma mère.
Et ce n'est qu'une fois que mon père a eu tout bien détaillé, que je les ai montrés à ma mère.

Bon, en vrac, elle m'a dit que si j'avais parfois un peu mal au ventre, ce n'est pas mon utérus qui grossit, non, c'est juste que je suis trop grosse. Si je maigrissais, ça irait mieux.

Que je devrais vraiment voir "un vrai médecin" au lieu d'être suivie par une sage femme.

Qu'elle ne pouvait pas me répondre à mes angoisses concernant mes saignements parce que ELLE n'a pas vécu ça, alors elle ne peut rien dire (c'est vrai que je lui en parle pour avoir un avis scientifique de spécialiste!! l'amour maternel, la douceur tout ça, elle n'y pense pas, elle sait pas faire...).

Que mon homme n'a pas le droit de prévenir mon père en premier le jour de la naissance. Encore moins de l'annoncer par SMS.

Que si on voulait leur dire le sexe du bébé, on pouvait, mais qu'on n'était pas obligés hein. (ça me semblait évident, non ? quel besoin de le préciser si ce n'est pas pour faire une pression détournée?)

Qu'elle serait la mamie préférée de Byron, tout simplement parce qu'il la verra davantage que ses grands parents bretons.

Bref, ma mère a de gros problèmes, sûrement de grandes souffrances, mais je ne peux rien pour elle.
Je me sens déjà complètement tournée vers mon intérieur, mon homme, mon bébé.
Et je ne reviendrai pas en arrière.

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10 septembre 2009

Non.

Tentative de contrôle des intrusions de ma mère dans ma vie.

Ma mère : Je suis malade, le médecin m'a arrêtée jusqu'à la fin de la semaine.

Moi : Ben repose toi bien alors.

Ma mère : Je te rappellerai plus tard.

Moi : Par contre cet après midi je ne serai pas là, j'ai un rendez vous.

Ma mère : Ha bon tu as quoi comme rendez vous ?

Moi : En gros de 14h30 à 17h00 je ne serai pas joignable, donc tu me laisses un message si tu veux.

Ma mère : Tu vas voir une copine ?

Moi : Non, non.

Ma mère : Tu as des soucis de santé ??

Moi  : Non!

Ma mère (dépitée) : Ah...

(En fait j'peux vous le dire, à vous, je vais chez le coiffeur).
(Vous me direz que pour ne pas avoir ce genre de réflexions je n'aurais pas du mentionner que j'avais un rendez vous).
(Et je suis assez d'accord).
(Mais je veux avoir la liberté de ne pas répondre si je veux, et ce, même si elle a une bribe d'info).

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20 août 2009

Du normal

Parfois, je réfléchis à mon enfance.
Surtout depuis qu'on essaie d'avoir un bébé.
Je tente d'extraire de mon histoire, connue, reconnue, rabâchée, la vérité crue, froide.
Quand je dis que j'ai été une enfant battue, je le dis sans émotion. C'est un fait, mon histoire, ma vie.

Que du normal quoi.

J'étais battue avec une ceinture, par mon père. Ma mère n'était jamais loin, et n'a jamais rien fait pour le calmer. Pourtant il ne la menaçait pas, elle. J'étais terrorisée, je partais souvent à l'école les cuisses zébrées de rouge.

Que du normal quoi. Ma vie mon histoire.

Quand il me frappait comme un sourd, je tentais de serrer les dents, de ne pas crier. Pour lui montrer qu'il n'était pas si fort que ça. Je croyais qu'il s'arrêterait, de dépit.
En fait ça ne faisait que l'énerver encore plus, et la séance se rallongeait jusqu'à ce que je hurle.

Que du normal, quoi. Une histoire passée, qui ne me fait plus pleurer.
Je m'entends même assez bien avec lui, maintenant.
Et il parvient parfois à montrer un peu de tendresse à mon égard, parfois, au détour d'une phrase.

Mais il y a quelques jours, rigolard, il se moquait de ces jeunes parents qui ont un dvd à l'arrière de leur voiture pour leurs enfants. Et ma mère de dire "Quand c'est en panne c'est un drame!".
Et le voilà en train de mimer tour à tour l'enfant et le père.

- "Ouiiiin pourquoi ça marche plus ?"
- "Paf paf (mimant les gifles), parce que ça a marché et que ça marche plus".
Et ce, 3 fois de suite, la seule réponse aux pleurs de l'enfant gâté, à chaque fois étant ce geste brutal.

Je me sentais écœurée, comment pouvait il rire de ça...

Quelques heures plus tard il a dit.
"Oh moi j'ai été un père laxiste".

J'ai senti mes yeux tout chauds.

Ce n'est que bien plus tard que les larmes sont montées.
Lorsque j'ai réalisé ce qui m'était vraiment arrivé.
En discutant avec l'Homme je lui parlais de l'indifférence de ma mère quand j'étais battue.
Et je lui ai dit, presque mécaniquement : "Si toi je te voyais frapper notre enfant, avec une ceinture, je ne pense pas que je pourrais le supporter".

Et là j'ai réalisé complètement la vérité crue de ces scènes sorties de ma mémoire.

J'ai vraiment renversé la situation, je n'ai pas compris la fureur qui animait mon père à ces moments là.
Je pense que je ne la comprendrai jamais.

Mais je me suis mise dans la peau d'un mère dont l'enfant serait 'corrigé' de cette manière.
Et je sais, qu'il ne serait pas possible une seule seconde que je laisse cela arriver, j'irais physiquement m'interposer, j'aurais hurlé, j'aurais mis fin à ces actes.
Et en plus, je n'aurais plus aimé mon mari.

Alors qu'est ce qui l'a empêchée de faire ça? Qu'est ce qui a fait qu'elle restait immobile en entendant son enfant hurler ?

Tout cela reste un mystère pour moi.

Posté par Snana à 06:00 - Ma mère - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 août 2009

Toxique

Le jour de l'anniversaire de mon père.
Ma mère m'appelle.

- "Ton père est malade, il tousse, il éternue. Il vaudrait peut être mieux que vous ne veniez pas au dîner d'anniversaire."

Et devant mon refus elle ajoute.

- "Non mais moi j'dis ça, c'est pour l'Homme, hein. Comme il travaille, il ne faudrait pas qu'il tombe malade, lui.
Toi, même si tu tombais malade tu aurais le temps de t'en remettre."

...

Oui c'est vrai que je ne travaille pas moi.

Posté par Snana à 13:01 - Ma mère - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 août 2009

Dame Chien

Vendredi.
13h20
32°C, je galope en ville, une dame caniche en laisse attaché à mon poignet.
Jean Jaurès. Je galope pour attraper la navette aéroport.
Le chien, tout en marchant, pose ses pêches le long du chemin.

13h25
Dans la navette, le chien sur les genoux.
Je masse mon crâne qui a rencontré un porte bagage en montant.
J'avais qu'à ne pas vouloir m'asseoir tout au fond.

13h45
Je descends de la navette. Je me demande si le chien a fini de faire caca.
J'hésite avant d'entrer, si jamais elle posait sa crotte dehors ce serait moins la honte que dans le hall des arrivées.

13h47
Si je la porte, elle n'osera pas me faire caca dessus. J'entre. 25°C.
Sur l'écran je lis "Landed at 13h46".

13h49
Je regarde les gens qui attendent. Je les trouve laids et vulgaires.
Bruyants et indiscrets. Ils regardent la dame caniche avec mépris.
Décidément je n'ai rien à voir avec eux. A part peut être un peu de sang.

13h55
Les passagers commencent à sortir, enfin.
J'observe, le chien dans les bras, les retrouvailles.
J'ai les larmes aux yeux quand cette femme se jette au sol, comme en prière, devant ce bébé dans son couffin posé par terre.
J'imagine que c'est la première fois qu'elle le voit, qu'elle est grand mère.Sa fille sourit.
Elle bloque tout le monde et elle s'en fout. Elle reste au milieu du chemin à contempler ce nourrisson.

14h05
"Regarde, ne pleure plus, il est là papa !!"
Le visage illuminé, il lâche les jupes de sa mère pour courir embrasser son papa.
Son chagrin est envolé.
Mes yeux à moi sont tout chauds.

14h07
Je soupçonne le mec derrière moi de vouloir engager la conversation.
Je change la dame chien de hanche et je méloigne.

14h45
Je pense que mes parents ont manqué leur vol.

14h47
Ma mère apparaît, l'air courroucé.
"Bonjour". Bise. "Il nous manque un bagage". Sourcil froncé.
Puis le visage se détend à la vue de la dame caniche, la langue rose pendante.
"Oooohhh mon chiiiiienn ! Ca va ? tu m'as manqué !!! Ohlala tu dois avoir chaud".

14h48
Le constat est sans appel, ma présence ne réjouit pas autant ma mère que celle d'un chien.

14h49
Mon père apparait.
"Bonjour ma fille. Je t'ai ramené des cailloux pour ton aquarium. Comment ça va ma fille ?"
Même pas peur des répétitions.

Et pas un regard au chien.

Posté par Snana à 10:53 - Ma mère - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mai 2009

Mine de rien

Moi : Je dois aller chez le coiffeur, (je détache mes cheveux) Ca fait un an que je n'ai rien coupé de tout ça.
Ma mère : Ouais ça fait pas entretenu hein !

...

Moi : blablabla
Ma mère (me coupant) : Dis, faudra que tu me laisses ton manteau !
Moi : Pourquoi ?
Ma mère : Ben pour que je le lave, et qu'il sèche au grand air. Il sent pas bon.

...
La télé : Blablabla...achetez ce produit qui fait mincir en bronzant...
Ma mère : Ha ben toi tu vas pas l'acheter celui là.
Moi : Oui c'est vrai, t'as raison, je maigris pas.
Ma mère : Mais non je parlais du bronzage !!

Quand cela va-t-il finir ?
Ca n'a l'air de rien, ça a l'air innocent. Presque même gentil.
Mais c'est du poison distillé à petites doses... insupportables...

J'ai donc appris ce week end que : j'ai des cheveux pourris, je pue, je suis grosse, je n'ai pas de goût, les boucles d'oreilles que je viens de fabriquer sont jolies-mais-vraiment-trop-grosses-en-pendentif-ça-serait-mieux, et puis surtout j'ai besoin d'elle pour savoir quoi penser du concours que je prépare...

Alors même si je sais que je suis grosse, que j'ai laissé mes cheveux pousser (par contre je ne pue pas hein), ça ne fait pas plaisir.
Est ce que moi je lui dis qu'elle ne sait pas choisir ses lunettes ? Ou ses fringues ? Ou son maquillage ?

Je crois que le pire, c'est que depuis quelques mois, au milieu d'une de mes phrases, elle tourne ostensiblement la tête, et on dirait qu'elle zappe.
Je continue à parler, mais elle a zappé, elle peut commencer une autre discussion, avec moi ou avec quelqu'un d'autre. Ou s'extasier sur un reportage alors que je réponds à une question qu'elle m'a posée.

Alors soit elle se fout éperdumment de ce que je raconte (et ce même lorsqu'elle même a posé la question qui a soliicité ma réponse), soit elle continue son harcèlement sur un nouveau mode.

Malgré tout, je me sens libre.
Je ne me force plus à donner le change.
Je ne me force plus à trouver des bonnes excuses à mes refus, comme je n'attends plus de bénédiction à mes actes.
Ca n'a l'air de rien, mais je me sens mieux.
Et surtout, je me rends compte que je n'ai plus rien à lui dire.
Alors je me tais, là où auparavant je me serais forcée à trouver un sujet pour entamer une discussion enjouée.

Ca me repose, mine de rien.

Posté par Snana à 21:53 - Ma mère - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 avril 2009

...

Il faut vraiment que j'arrête toute discussion avec ma mère.
Encore aujourd'hui, elle m'a envoyé une putasserie, bien sympa.

Bon je passe sur le "si tu veux venir demain laver ton linge et le sécher en plein air, tu peux".
Je rappelle qu'elle me dit régulièrement que mes fringues puent.
Et comme je ne fume plus depuis plus de 2 ans...je sais que c'est faux.

Mais le pire.

C'est qu'en voulant partager mon combat contre les kilos en trop, je lui ai parlé en riant de ma technique pour parler de mon poids avec l'homme, et sans avoir à lui dire combien je pèse.

Et je lui dis : "Du coup j'ai décidé arbitrairement que je pesais 41.5 kilos au début du régime, et là j'en suis à 32 kilos"
Elle : "Ha tu as fait une sorte de décompte de ce qui te reste à perdre ? C'est ça ?".


...

Posté par Snana à 23:51 - Ma mère - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mars 2009

Monsieur Alala

Cela fait longtemps que je n'ai pas parlé de ma mère.
Sûrement le signe de mon apaisement.
Nous sommes allés ensemble, mon père, ma mère et moi, à la clinique, pour l'IRM de ma mère.
L'anomalie aperçue à la mammographie est toujours là, visible, quelques millimètres opaques.
Mais le chirurgien n'a pas fait de ponction, il lui a juste demandé de refaire des examens dans 6 mois, pour voir l'évolution.

Quand on attendait le résultat, tous les trois, un monsieur a été appelé.
Et dans cette ambiance d'angoisse, de peur, de mauvaises nouvelles, ce monsieur s'appelait Mr Alala.
Ce qui a déclenché un fou rire nerveux de nous trois, qui nous a détendus et a écourté un peu l'attente stressée.
Nous avons même fait rire une dame assise en face de nous, qui avait un air de petit oiseau pris dans un filet.

Ce qui m'a également marquée dans cette journée là, c'était le visage tout à coup illuminé de mon père, lorsqu'il a aperçu un bébé dans cette salle d'attente. Il était là à le regarder, attendri et ému, boire son biberon.

C'est dur à expliquer, mais j'ai eu cette bouffée d'enfant qui m'a envahie à ce moment là.
Comme si j'étais pressée d'avoir un enfant pour lui offrir, à lui aussi ce bonheur d'avoir un petit-enfant.

Electre, lâche moi la grappe !
(les amateurs de Freud apprécieront)

Posté par Snana à 16:42 - Ma mère - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 février 2009

Seins hérités ?

Ma mère a subi une mammographie cette semaine.
Et le radiologue lui a dit qu'il avait vu quelque chose qui ne lui plaisait pas.
Qu'elle devait se rapprocher de son gynéco.
Elle me dit ça mercredi dernier, en ajoutant d'un voix à l'émotion travaillée "voila, je voulais que tu le saches".

Et aujourd'hui elle me reproche mon silence quand elle m'en a parlé.
Silence partagé par mon père.
Qui l'a plongée (je cite) dans une solitude profonde.

Que pouvais je dire ?

Qu'elle a tellement crié au loup que malheureusement quand elle m'annonce ça, je crois qu'elle me ment ?
Qu'elle a tellement exagéré les phrases des uns et des autres que je prends ça pour une exagération de plus ?
Qu'elle a tellement utilisé son état de santé pour se faire plaindre et se faire excuser, que je n'y crois plus ?
Et que par dessus tout, je m'en veux quand même de penser ça.

Et même en dehors de ça, qu'aurais je pu bien dire ?
Sans examen médical, sans analyse complémentaire, ça peut être un  cancer, oui, mais peut être tout autre chose.

Et que je ne peux rien dire. Et que je ne veux rien dire.
Pour ne pas être grugée une fois de plus.

Posté par Snana à 02:07 - Ma mère - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 février 2009

Still

(ma mère) Tu peux secouer cette bouteille de jus pour moi ?

J'attrape la bouteille, et mon homme me prend par les épaules, faisant mine de me secouer, pour que la bouteille se secoue toute seule.

(moi, en rigolant) On secoue pas les p'tits bébés, ça leur cogne le cerveau !!

(ma mère, à la limite de l'hystérie) HEIN ? Un bébé ? T'attends un bébé ? Parce que si tu attends un bébé faut me le dire hein !!

Alors j'ai fait gloups, ça m'a touché en plein ventre, j'étais loin de mon histoire personnelle en lançant cette blague. Et j'ai eu un peu mal, mais encore je sais qu'on n'a pas commencé les essais, alors je n'ose pas trop me plaindre.

Mais je me dis que si on essayait sans succès depuis des mois, ou encore qu'on était engagés dans un programme de FIV, ou de PMA, on n'en aurait pas parlé à mes parents, et elle aurait dit la même chose.
Et que cette maladresse se serait transformé en quelque chose d'irrespirable, d'insupportable.

Posté par Snana à 23:25 - Ma mère - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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